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Armée de libération du Kosovo : le cas UCK Convertir en PDF Version imprimable Mail
mercredi, 12 mai 1999
Quelle est cette armée clandestine aux dérives extrémistes dont les fonds de financement sont d’origine douteuse.

UCK, " l’armée des ombres " ? Oui, peut-être. Sauf que depuis quelques semaines maintenant, depuis le début de l’opération militaire de l’OTAN, depuis les négociations de Rambouillet où les membres de l’UCK sont apparus sur le devant de la scène internationale, la lumière se fait un peu plus crue sur cette armée de libération du Kosovo (en Albanais : Ushtria Çlirimtare ë Kosovës). Quelle est donc cette armée clandestine " aux visages multiples ", selon la spécialiste des Balkans Marie-Françoise Allain, qui, avant de décréter la mobilisation générale, via la télévision albanaise, le 3 avril dernier, était connue pour être " l’organisation fax " ?

L’UCK s’est fait connaître en février 1996 en revendiquant une série d’attentats à la bombe, contre des camps de réfugiés serbes, installés de force au Kosovo, et aussi contre des postes de police, sans qu’il n’y ait eu de victimes au cours de ces actions. Sa première " vraie bataille " remonte à novembre 1997 autour de Lhausa, où une poignée de " terroristes ", selon Belgrade, sont apparus publiquement lors de l’enterrement d’un instituteur tué par la police, cagoulés et armés, portant pour insigne l’aigle noir albanais à deux têtes.

L’UCK, est " d’une certaine façon l’émanation du Mouvement populaire du Kosovo " (LPK), nous explique Marie-Françoise Allain. Le LPK, parti clandestin, est né dans les années quatre-vingt à Pristina, chez les étudiants albanais, en réaction contre les Serbes. Il est né du regroupement de plusieurs groupuscules d’extrême gauche, mêlant ultra-nationalisme, maoïsme et marxisme-léninisme inspiré par l’ancien dictateur albanais Enver Hoxha.

Sur le terrain, l’UCK n’a cessé d’engranger les points d’une résistance réelle dans un Kosovo mis sous l’éteignoir par Belgrade. Cette résistance, opposée à la stratégie pacifique suivie depuis une dizaine d’années par Ibrahim Rugova, chef de file des Kosovars modérés de la LDK, a ses martyrs, notamment depuis le massacre de Drenica au début de l’année 1998, qui a fait quelque 90 morts, des centaines de blessés et provoqué l’exode d’au moins 15 000 paysans. Ce sont les attaques contre ces bastions de l’UCK qui ont entraîné une adhésion croissante d’Albanais du Kosovo dans ses rangs. Cette vague s’est amplifiée ces dernières semaines par le flot ininterrompu de recrues venues de la diaspora Kosovar en Suisse, Allemagne, France ou Italie, ainsi que par l’enrôlement volontaire ou forcé des réfugiés.

Avant l’intervention de l’OTAN, l’UCK revendiquait près de 30 000 membres qui auraient " prêté serment " (1). Ces chiffres contredisent ceux cités par Marie-Françoise Allain. L’universitaire parle de " probablement 15 000 hommes ". Des experts en stratégie militaire évoquent " un noyau " de 7 000 soldats bien entraînés et plus de 30 000 " irréguliers ".

Les premiers officiers de l’UCK ont été pour certains formés par les commandos spéciaux des services de renseignement militaire allemand (qui ont aussi apporté du matériel pris dans les stocks de la Stasi de l’ex-Allemagne de l’Est, des armes et les uniformes noirs). Les services secrets albanais (le Shik) ont également apporté leur concours. Des militaires qui ont fait leur classe dans l’armée fédérale yougoslave (quelques uns ont participé à des massacres de civils serbes notamment dans la Krajina en 1995) figurent au nombre des officiers. À leur tête : un commandement général de 18 membres l’an passé, et un commandant général de vingt-huit ans Sulejman Selimi, alias " le Sultan ", ancien responsable militaire de la région de la Drenica.

Étant donné les difficultés logistiques, on estime le commandement de l’UCK peu unifié, disposant en tout cas de moins d’autorité que les commandements régionaux. Cependant, l’UCK a toujours su être double : la direction politique et financière en Europe, notamment à Genève, avec les représentants du LPK comme ossature, les combattants sur le terrain. Problème numéro un : l’armement. " Nous n’avons pas assez d’armes ", a récemment souligné Bardhyl Mahmuti, représentant politique de l’UCK. Les armes légères sont relativement faciles d’accès dans une zone infestée par le trafic. Ainsi un rapport de l’ONU affirme que quantité d’armes volées à l’État albanais lors des émeutes du printemps 1997 n’avaient pas été restituées au gouvernement de Tirana. Mais, ce que recherche et réclame avec insistance l’UCK, ce sont des armes perfectionnées antiaériennes et antichars. Mal équipée, mal entraînée, peu opérante, il lui faut donc beaucoup d’argent.

C’est probablement là que l’action de l’UCK apparaît la plus opaque. Elle s’est accaparée - au détriment des modérés - argent de la diaspora, notamment ces 700 000 Kosovars réfugiés en Europe. De nombreuses associations albanaises drainent les fonds recueillis provenant d’impôts de la solidarité à hauteur de 3 % des salaires et souvent plus. L’été dernier le gouvernement suisse a décidé de geler le compte " La Patrie appelle " géré par le LPK. La raison : cet argent servait à financer la lutte armée de l’UCK. En fait, selon Mahmuti, douze comptes portant tous le nom " La Patrie appelle " ont été ouverts un peu partout dans le monde pour ce financement occulte. La presse allemande, notamment Focus, évoque des procédures semblables engagées en Allemagne contre une quarantaine d’agences de voyage et autres. Dans la majorité des cas, il s’agit de transferts illégaux de fonds, dont plus de la moitié proviendrait du trafic de drogue.

Ces informations sont à recouper avec celles fournies par l’Observatoire géopolitique des drogues (OGD) et d’Europol pour qui l’achat des armes par l’UCK provient du narcotrafic. Depuis les années quatre-vingt-dix, les différentes forces en présence dans l’ex-Yougoslavie auraient pris aux Turcs et aux Libanais le marché de l’héroïne. Aux Albanais, le marché suisse, voire européen, afin d’acquérir ces armements, entreposés ensuite en Macédoine, à la frontière avec le Kosovo. Il existerait également une filière entre mafias italiennes et albanaises.

Il existe enfin une interrogation essentielle sur la finalité réelle du combat de l’UCK. Indépendance ou Grande Albanie ? Il semble que ce soit sur la revendication d’un Kosovo élargi (à une partie de la Serbie et du Monténégro) que le LPK a prospéré. Il n’est pas sûr que la formation désormais composite de la nébuleuse UCK, parle d’une même voix. Il y a les clandestins à l’origine du mouvement, mais aussi plus récemment des personnalités indépendantes ralliées sur le tard. Ils viennent pour la plupart du parti de Rugova, la LDK. On les retrouve au gouvernement provisoire constitué en avril dernier à Tirana parrainé par l’UCK, dans le but de faire pièce au gouvernement parallèle formé au Kosovo en 1991 par Rugova et ses amis.

Bernard Duraud

(1) Kosovo, naissance d’une lutte armée. Patrick Denaud et Valérie Pras. (Des conflits et des hommes. L’Harmattan).

Source: http://www.humanite.fr/1999-05-13_International_Armee-de-liberation-du-Kosovo-le-cas-UCK





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