Kosovo land Dossiers Les enjeux - Analyses Kosovo, Ossétie du Sud : la Serbie, seule, envers et contre tous
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Kosovo, Ossétie du Sud : la Serbie, seule, envers et contre tous |
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lundi, 08 septembre 2008 |
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Traduit par Jacqueline Dérens
Publié dans la presse : 1er septembre 2008
Sur quels alliés peut désormais compter la Serbie pour défendre le Kosovo ? Après les reconnaissances par la Russie de l’indépendance des provinces d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, Belgrade se retrouve isolée sur la scène internationale. Alors que les nationalistes serbes soutiennent Moscou, le gouvernement insiste pour défendre envers et contre tous la légitimité des frontières internationales. Jusqu’à quand ?
Par Shiv Sharma
« Quand deux communautés ne peuvent plus se parler que par les armes, il n’y a pas d’autre choix que de les séparer », s’exclamait le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à la veille de la déclaration d’indépendance du Kosovo, le 17 février dernier.
Par contre, quand la Russie a utilisé le même argument pour justifier la reconnaissance des deux provinces séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie le 26 août dernier, la décision de Moscou a provoqué une vague de condamnations de la part des puissances occidentales. Ces dernières se sont empressées de défendre le principe d’intégrité territoriale de la Géorgie, quelques mois après que la Russie les ait accusées de violer les frontières de la Serbie en soutenant la sécession du Kosovo.
Comme leurs protecteurs respectifs semblent tous changer de positions, la Serbie et le Kosovo ont été pris par surprise et ne semblent pas savoir comment réagir.
Le Président du Kosovo, Fatmir Sedjiu, n’a exprimé aucune sympathie envers les régions séparatistes de Géorgie, il a au contraire insisté sur le caractère unique du Kosovo. La lenteur à réagir de la Serbie montre son désarroi face à l’apparente volte-face de la Russie.
Moscou qui parlait d’une voix commune avec Belgrade pour exiger le respect de l’intégrité territoriale de tous les États de la planète, montre un parfait mépris pour ce même principe quand il s’applique aux frontières de la Géorgie.
Peu enclin à condamner Moscou ouvertement, le ministre serbe des Affaires étrangères a fait une déclaration neutre, rappelant au monde que la Serbie « avait demandé le respect de la souveraineté et de l’intégrité des états reconnus internationalement ». Toutefois, pour beaucoup de Serbes, les actions russes dans le Caucase s’apparentent à un réveil douloureux.
Goran Slilanovic, ancien ministre serbe des Affaires étrangères, déclare que Belgrade doit accepter qu’il est illusoire de compter sur le soutien de la Russie pour le Kosovo. « La Serbie ne peut défendre ses intérêts au Kosovo qu’auprès de l’Union européenne, car c’est une organisation à laquelle elle veut adhérer ».
Il ajoute que la Russie a toujours défendu ses propres intérêts au Kosovo, plutôt que ceux de la Serbie. « La Russie a capitalisé à 101% les événements du Kosovo. Elle a une revanche à prendre sur l’Europe. Quand ses avertissements sur le Kosovo ont été ignorés, elle a transformé ses menaces en actions concrètes ».
Dušan Janjic, le directeur du Forum pour les relations ethniques de Belgrade, suggère qu’il y a eu un « marché » entre la Russie et les puissances occidentales. Moscou se voit accorder un rôle dominant dans le Caucase et l’Occident dans les Balkans. Dušan Janjic maintient que la Serbie doit maintenant trouver des oreilles bienveillantes à l’Assemblée générale des Nations unies, où elle va livrer une bataille diplomatique contre l’indépendance du Kosovo.
« Le Kosovo est un pion important dans l’affrontement que se livrent les Etats-Unis et la Russie et la plupart des pays n’ont aucune envie de se mêler à ce face-à-face entre grandes puissances ».
En Serbie, certains nationalistes endurcis ont loué l’action de la Russie en Ossétie du Sud, en y voyant un juste retour des choses, un acte de vengeance mérité. « La réaction de la Russie est correcte », a déclaré l’ancien Premier ministre Vojislav Koštunica.
Aleksandar Vucic, un important représentant du Parti radical serbe (SRS), demande que Belgrade aille plus loin et reconnaisse l‘Ossétie du Sud et l’Abkhazie, ne serait-ce que temporairement. « Une fois que les Etats-Unis et l’UE retireront leur reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, nous ferons de même ».
En dépit de l’appel à la reconnaissance des régions séparatistes de Géorgie lancé par le Président Medvedev à la communauté internationale, il semble peu vraisemblable que Moscou s’attende à ce que Belgrade suive immédiatement cette recommandation. « Contrairement à nos partenaires occidentaux, nous préférons que chaque pays prenne ses décisions tout seul », a ironisé le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov.
Mais la reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie laisse la Russie vulnérable à l’accusation d’utiliser un double langage, si elle continue à insister sur l’inviolabilité des frontières de la Serbie.
La Serbie peut compter sur l’opposition sincère de la Russie à l’indépendance du Kosovo, selon une source du ministère des Affaires étrangères de Russie, qui nie faire un quelconque parallèle entre la politique russe envers la Géorgie et la politique occidentale envers la Serbie.
Cette source affirme qu’un accord entre Serbes et Albanais du Kosovo est toujours possible, ce qui n’était pas le cas entre Ossètes, Abkhazes et Géorgiens. « Ces minorités vivent dans la peur permanente des Géorgiens… et la reconnaissance de leur indépendance avait un but humanitaire ».
Néanmoins, dans une des déclarations au Financial Times, le Président Medvedev pointe du doigt les liens qui existent entre le soutien des puissances occidentales à l’indépendance du Kosovo et la conduite de la Russie dans une zone qu’elle considère être sous son influence. « Il aurait été impossible de dire aux Ossètes et aux Abkhazes que ce qui était bon pour le Kosovo n’était pas bon pour eux », écrit-il.
Les experts s’accordent sur le fait, que, par la reconnaissance des régions séparatistes de Géorgie, la Russie lance un message sans ambiguïté à l’Occident : le Caucase reste dans la sphère d’influence de Moscou.
Soutenue par les revenus provenant du gaz et du pétrole, la Russie a montré qu’elle n’était plus l’État exsangue des années 1990 et sa détermination à prévenir les intrusions des Occidentaux dans « son étranger proche ».
Il y a quelque temps, la Russie espérait qu’en soutenant la Serbie, elle allait s’assurer un client au cœur des Balkans. Mais avec l’arrivée d’un gouvernement pro-européen et le ralentissement des négociations visant à conclure un contrat de 1,5 milliards d’euros entre l’État serbe le géant russe Gazprom, Moscou pourrait bien prendre ses distances avec son ancien partenaire.
« La Russie a le droit de se demander ce qu’elle va gagner à être plus serbe que les Serbes » a confié au Balkan Insight, Viktor Chernomydirn, ancien Premier ministre et envoyé de Moscou dans les Balkans pendant le conflit du Kosovo en 1998-1999.
Le degré d’engagement de la Russie au coté de la Serbie pourra être apprécié le 17 septembre prochain lorsque l’Assemblée générale des Nations unies va se prononcer sur le dépôt d’une motion de la Serbie sur l’indépendance du Kosovo auprès de la Cour internationale de justice.
Le remodelage par la Russie des frontières de la Géorgie a certainement coupé l’herbe sous le pied de la défense serbe qui se base sur l’inviolabilité des frontières internationales. Quand la Russie et les pays occidentaux se servent de cet argument en faveur de leurs propres intérêts, ils sapent un principe qui affirme depuis longtemps que des frontières ne peuvent être modifiées sans accords mutuels.
Le ministre des Affaires étrangères de Serbie a lui-même reconnu que même si la Cour internationale soutient la position de Belgrade, cela ne sera qu’une victoire « morale » car il est peu vraisemblable qu ‘une seule puissance occidentale soit prête à se rétracter sur l’indépendance du Kosovo, ce qui reviendrait à admettre une erreur initiale et donc à entraîner une humiliation inacceptable.
À la lumière de cet état de fait, beaucoup d’experts à Belgrade soutiennent que la Serbie, bon gré, mal gré, va devoir abandonner son argument sur l’intégralité territoriale, et se pencher avec attention sur des questions plus pragmatiques, comme les frontières, les douanes et les droits des Serbes qui sont restés au Kosovo.
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