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Reconnaissance du Kosovo : le pouvoir serbe ne décolère pas |
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vendredi, 10 octobre 2008 |
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Isabelle Lasserre - Le Figaro 10/10/2008
En réaction à la décision du Monténégro et de la Macédoine, Belgrade rappelle son ambassadeur à Potgorica et expulse son homologue macédonien.
NTERVIEW - «Après la force, la Serbie privilégie la diplomatie»
La réaction de Belgrade à la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo par le Monténégro et la Macédoine jeudi a été presque instantanée. L'ambassadeur serbe à Podgorica a été rappelé et son homologue macédonien en Serbie, expulsé. Le pouvoir a déploré les « très mauvaises » décisions de ces deux anciennes républiques yougoslaves, qui s'apparentent à «un coup de poignard dans le dos».
Déclarée de manière unilatérale en février dernier, l'indépendance du
Kosovo a depuis été reconnue par 50 pays dont les États-Unis et 22 des
27 États de l'Union européenne. Voisins directs de la Serbie, le
Monténégro et la Macédoine avaient volontairement tardé à le faire,
afin de ne pas irriter le gouvernement serbe. Mais entre les pressions
exercées par Belgrade et celles de leurs minorités albanaises,
Podgorica et Skopje ont choisi le pragmatisme politique. «Au Monténégro
et en Macédoine, on sait qu'il n'y a pas d'alternative à l'indépendance
du Kosovo, que la province a été perdue par Slobodan Milosevic en 1999,
et qu'il serait stupide d'aller contre la politique de l'Union
européenne sur le sujet», explique un spécialiste. D'autant que
Podgorica ambitionne de se rapprocher rapidement de l'UE.
Davantage qu'envers la petite Macédoine, qui a quitté la fédération
yougoslave au début des années 1990, la colère de Belgrade est dirigée
contre le Monténégro, qui fût intimement lié à la Serbie jusqu'au
référendum d'indépendance en 2006. À l'époque, le départ du Monténégro,
minutieusement préparé par Podgorica, s'était pourtant passé sans
violence. Mais de nombreux réseaux, notamment dans l'entourage de
l'ancien premier ministre nationaliste serbe Vojislav Kostunica, n'ont
jamais digéré cette indépendance, considérée comme une «trahison».
«Inutile» et «inopportun»
Au début de l'année, Boris Tadic avait été réélu à la tête de la
Serbie, contre le candidat ultranationaliste, sur son programme
européen. S'il avait joué la fibre patriotique en s'opposant à
l'indépendance du Kosovo, c'était surtout pour gagner des voix dans
l'électorat nationaliste. Certains durs de son entourage refuseraient
toujours d'admettre la perte du Kosovo. Ce sont eux qui ont poussé
Belgrade à demander la saisine de la Cour internationale de justice sur
la légalité de l'indépendance du Kosovo. Ce qu'elle a obtenu des
Nations unies, mercredi.
Une décision jugée inutile par l'ambassadeur de France à l'ONU,
Jean-Maurice Ripert, «car la situation du Kosovo indépendant nous
paraît dépourvue d'incertitude juridique», et inopportune «parce
qu'elle ne contribue pas au nécessaire apaisement des tensions et
risque de compliquer la perspective européenne des Balkans
occidentaux». La saisine n'a guère de chance d'aboutir à un résultat
concret, puisque l'opinion de la CIJ est consultative. Le gouvernement
serbe le sait bien. Voyant dans ses dernières initiatives un moyen «de
défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale en recourant à
la diplomatie et au droit international», il n'a pas l'intention de
remettre en cause, pour le Kosovo, son rapprochement avec l'Europe.
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