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Martti Ahtisaari : « Le Kosovo est un cas à part » Convertir en PDF Version imprimable Mail
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vendredi, 25 avril 2008

Artisan du plan d’indépendance de l’ex-province serbe, l’ancien président finlandais revient sur la naissance du nouvel Etat.

Nommé fin 2005 émissaire des Nations unies pour le Kosovo, l’ancien président finlandais Martti Ahtisaari (1994-2000) a supervisé les négociations concernant le statut de la province serbe pendant des mois. En mars 2007, il rend un rapport qui prône l’indépendance et fournit une ossature au futur Etat kosovar. Sans surprise, Pristina s’est officiellement affranchi de Belgrade le 17 février dernier. Interview.

Le Temps : Le Kosovo vient de déclarer son indépendance selon votre plan. Comment vous sentez-vous ?

Martti Ahtisaari : En réalité, je suis déçu que le Conseil de sécurité des Nations unies n’ait pu réaliser ce plan. Le Kosovo a autoproclamé son indépendance, mais il n’y avait pas d’autres options. Pristina l’a fait sur la base du rapport que j’ai rendu en 2007 et c’était une condition pour une reconnaissance par les autres Etats.

- Etes-vous surpris par la réaction de Belgrade ?

- Ce qui m’étonne dans cette affaire, c’est que la Serbie savait depuis le début ce que j’allais proposer. Il a tout de suite été question d’indépendance lors des réunions avec les négociateurs français, britanniques, italiens, allemands, américains et russes. L’une des conditions formulées au départ était de ne surtout pas revenir à la situation d’avant 1999. Lorsque j’ai rencontré [le premier ministre] Kostunica en 2005, je lui ai dit que j’interprétais cela comme la perte du Kosovo. C’était très clair et à cette époque, la population serbe partageait ce sentiment. J’aurais normalement dû rendre mon rapport fin 2006, mais cela a été reporté à cause des élections. Ma position était donc connue depuis longtemps. Les autorités serbes ont sciemment préparé leur population à un autre scénario et je trouve cela extrêmement grave. La Russie a aussi sa part de responsabilité dans l’attitude affichée par Belgrade mais je suppose que leur irresponsabilité n’ira pas plus loin que des déclarations.

- Craignez-vous, comme certains l’avancent, que l’indépendance du Kosovo ne déclenche des revendications en chaîne ?

- Le Kosovo est un cas à part et nulle autre région n’a une histoire comparable. L’OTAN y est intervenue en 1999 pour mettre un terme à la guerre lancée par Slobodan Milosevic. Le territoire est ensuite passé sous administration des Nations unies. Depuis 1999, le Kosovo était de facto un protectorat onusien et non plus une province serbe.

- Que pensez-vous de la situation en Republika Srpska, où les Serbes ont des velléités d’indépendance vis-à-vis de la Bosnie ?

- Je n’en pense rien.

- Belgrade veut saisir la Cour internationale de justice au motif que l’indépendance du Kosovo violerait la résolution 1244 des Nations unies affirmant le principe de l’intégrité du territoire serbe. Est-ce légitime ?

- Les choses ont tellement mal tourné dans les années 1990, entraînant la fuite de milliers de réfugiés et l’intervention armée de l’OTAN... Toute autre option que l’indépendance est de la littérature. En outre, la Serbie n’a jamais rien fait pour intégrer les Kosovars. Ceux-ci ont été empêchés de participer à la vie politique, de développer leur région au niveau économique... La province, dès lors, n’était pas considérée comme partie prenante de la Serbie.

- Le Kosovo a-t-il les moyens de son indépendance ?

- Dans un monde idéal, l’indépendance aurait dû intervenir en 1999. Le Kosovo a donc eu le temps de s’y préparer. C’est un pays qui a des ressources, comme le lignite ou les minéraux, mais le chômage y atteint des proportions gigantesques - entre 40 et 60% de la population. Il est, dès lors, très important de l’intégrer au plus vite au concert des nations. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international doivent apporter leur aide, notamment pour la construction d’une centrale thermique qui pourrait, à terme, permettre au Kosovo d’exporter de l’énergie. L’Union européenne a évidemment un rôle primordial à jouer.

- Allez-vous vous investir encore pour la construction du Kosovo ?

- Non, mon mandat s’est achevé fin février, j’ai fait mon travail. Le Kosovo est maintenant un problème européen.

- La Finlande devrait reconnaître l’indépendance du Kosovo vendredi. Etes-vous déçu que votre pays n’ait pas figuré parmi les premiers Etats à soutenir Pristina ?

- La présidente était en vacances ! Le plus important était d’annoncer cette reconnaissance.

© Le Temps




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