Kosovo land Actualité Interviews Le Kosovo, indépendant, mais pas trop
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Le Kosovo, indépendant, mais pas trop |
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mardi, 19 février 2008 |
mercredi 20 février 2008 - Marc Thibodeau Kosovo, Gjilan
À la lumière de son difficile passé, on serait tenté de croire que Begzad Osmani bondirait de joie en évoquant la déclaration d'indépendance unilatérale faite dimanche par le Parlement kosovar.
Cet Albanais de 62 ans a été emprisonné à plusieurs reprises par les forces serbes, condamné à une peine de 12 ans de prison sous de vagues motifs de propagande et forcé d'envoyer en exil plusieurs de ses enfants. Pourtant, il reste très réservé sur les derniers développements au Kosovo.
«Il y a une partie de ce qui se passe qui me plaît, une partie qui me déplaît... La démarche suivie par le gouvernement ne reflète pas vraiment la volonté du peuple», déclare-t-il finalement en tirant nerveusement sur une cigarette.
Tout dans le café de Gjilan où La Presse a rencontré hier M. Osmani contredisait pourtant ce jugement négatif.
Un voisin de table relatait avec émotion à ses amis qu'il avait pleuré de joie en entendant la décision des élus kosovars. Devant le commerce, chapeauté par le nouveau drapeau national, se trouvait un «autobus de l'indépendance» qui diffusait de la musique traditionnelle à une foule enthousiaste de résidants de la petite ville, située à une cinquantaine de kilomètres de Pristina.
Sur les toits des maisons et les minarets flottaient des drapeaux albanais et américains ainsi que des messages de remerciements aux pays occidentaux soutenant la sécession.
Autant de preuves, selon M. Osmani, que la population albanophone a mal compris la nature de l'indépendance officiellement reconnue par les États-Unis et plusieurs grands pays européens.
«Le Kosovo ne pourra pas être indépendant tant qu'il ne sera pas dirigé par les Kosovars», fustige ce militant nationaliste, qui se targue de ne jamais quitter son pliss, le bonnet blanc traditionnel, même lorsqu'il voyage à l'étranger.
Désormais, dit-il, l'Union européenne s'est substituée aux Serbes comme «force occupante» et conserve la main haute sur les élus kosovars.
Le plan du médiateur finlandais Martti Ahtissari, auquel le nouveau gouvernement kosovar a promis de se conformer, prévoit de larges pouvoirs pour la mission européenne qui doit prendre sous peu le relais des administrateurs de l'ONU à la tête du petit territoire depuis la guerre de 1999.
Bien que le représentant spécial de l'Union européenne chargé de chapeauter la mission n'ait «aucun rôle direct dans l'administration du pays», il pourra annuler des lois votées par le Parlement et renvoyer des dirigeants élus qui dérogent au plan de transition.
Autre point d'irritation pour M. Osmani, l'interdiction pour le Kosovo de se doter d'une armée. «Les soldats de l'OTAN n'accepteront pas de donner leur vie pour sauver nos terres. C'est à nous de le faire», dit le vieil homme, qui agissait comme intermédiaire pour l'Armée de libération du Kosovo (UCK) durant la guerre.
Il échappe d'ailleurs une larme en parlant du moment où le groupe a fait son apparition sur la scène publique, en 1997, en lançant un appel aux armes.
«C'était le plus beau jour de ma vie», relate le vieil homme, qui a commencé son action politique dans les années 70 en important en contrebande au Kosovo des livres sur l'histoire albanaise.
Son analyse critique de la déclaration d'indépendance est partagée par les militants d'Autodétermination, un groupe noyauté par des jeunes qui a mené plusieurs manifestations retentissantes au cours des dernières années contre l'ONU, présentée comme une «puissance néocoloniale» au Kosovo. Et il a désormais la mission européenne dans sa ligne de mire.
Ses membres ont dessiné des graffiti montrant l'acronyme de la mission barré d'un large X dans plusieurs villes.
«Le plan Ahtissari prépare une division territoriale du Kosovo et sème les germes d'un nouveau conflit armé avec la Serbie», tranche Bujar Voca, qui dirige la section d'Autodétermination à Mitrovica.
Ce jeune homme de 23 ans fustige la volonté du gouvernement kosovar de reconnaître des municipalités serbes qui, dans les faits, répondront directement à Belgrade.
Il dénonce aussi les dispositions du plan Ahtissari interdisant au Kosovo de se doter d'une armée.
«L'allégresse ne durera pas. Les gens vont se rendre compte rapidement qu'ils ont été trompés», prédit M. Voca.
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